Les réfugiés provenant des zones de conflit restent une préoccupation en Algérie. Ainsi, lorsque la crise malienne a éclaté, l'Algérie a suspendu le rapatriement forcé des migrants subsahariens ; et lorsque la guerre en Syrie a pris des proportions plus importantes, elle a accueilli des milliers de réfugiés.

Mais aujourd'hui, les choses sont différentes. Le gouvernement a décidé de revoir sa politique en introduisant un système de visa d'entrée pour les Syriens. Il a également commencé à rapatrier les migrants subsahariens, notamment les premiers groupes venus du Niger.

De nombreux immigrants craignent de devoir payer le prix de ce durcissement de la position algérienne. Boubakar Souleymane, arrivé du Sénégal il y a deux ans, se dit inquiet.

"On stigmatise les immigrés", explique-t-il. "S'il y a terrorisme, c'est eux. S'il y a épidémie, c'est eux. Pourtant, nous ne faisons rien de mal, nous voulons juste travailler, pour vivre et faire vivre nos familles."

Pour leur part, les Libyens continuent de fuir vers l'Algérie.

Tin Alkoum, un point de passage situé au beau milieu du désert, à environ deux mille kilomètres d'Alger, est la seule voie terrestre laissée ouverte pour recevoir les blessés libyens. Ici, l'odeur de la guerre est omniprésente.

Le gouvernement algérien a décidé de rouvrir ce poste frontière uniquement pour les malades et les blessés de guerre libyens. Ils ne passent que s'ils présentent un passeport valide portant le cachet de l'administration libyenne.

"Pas question de laisser entrer des personnes suspectes", affirme l'officier de garde à Magharebia.

Les motifs d'inquiétude sont en effet nombreux.

"Tous les signes montrent que la région du Sahel se transforme en un bastion du terrorisme, notamment depuis l'annonce de la naissance d'une cellule terroriste affiliée à l'Etat islamique dans la ville libyenne de Derna", explique Mokhtar Bourouina, écrivain et analyste.

Pour lui, la récente neutralisation de dix terroristes à Tamanrasset montre que trafiquants et criminels tentent encore de transporter des armes libyennes dans le Nord-Mali en empruntant le désert du sud algérien.

Selon Abdelaziz Rahabi, ancien diplomate et ancien ministre de la Communication, les pays occidentaux font tout ce qui est possible pour inciter l'Algérie à jouer un rôle dans le maintien de la stabilité au Sahel et en Libye.

Ahmed Adimi, ancien responsable et analyste politique, souligne toutefois le manque d'efforts consentis par les diplomates algériens lors des précédents événements qui ont secoué les pays arabes et le Mali.

"L'Algérie aurait dû être pragmatique, opter pour une diplomatie préventive et anticiper les événements", explique-t-il.

"Au lieu d'attendre que ces crises surviennent, nous aurions pu réagir", ajoute-t-il.

Le commerce illicite et les pratiques frauduleuses ont toujours fleuri dans ces deux provinces frontalières. Mais la situation semble aujourd'hui se compliquer.

La situation confuse dans la Libye voisine, où des factions hétéroclites se partagent un important arsenal d'armes, a imposé une alerte rouge aux frontières.

On y craint surtout que des liens ne se créent entre les groupes de trafiquants protégés par de gros bonnets invisibles, et les groupes terroristes qui écument la région montagneuse que l'Algérie partage à l'est avec ses voisins.

La présence renforcée de tous les corps de la sécurité (armée, gendarmerie, police et douanes) est désormais clairement visible dans toute cette région de l'extrême est du pays. 

Debdeb craint les retombées de la crise libyenne   

Les forces de sécurité ne se contentent pas de surveiller les terroristes et les trafiquants d'armes. Les convois d'immigrants font également l'objet d'une surveillance renforcée, notamment depuis la découverte de groupes syriens en partance pour la Libye.

Selon une source proche de la Gendarmerie nationale, les déplacements d'individus prennent une échelle considérable dans les régions frontalières du pays.

Outre les deux cents réfugiés syriens arrêtés il y a quelques jours, trente autres ont été interceptés à Debdeb, dans le district d'Illizi de la province d'In Amenas.

Une fois fixé leur rendez-vous avec des passeurs algériens, ces trente Syriens, parmi lesquels cinq enfants et quelques femmes, devaient être transportés à bord d'un bus en direction de la Libye, où les milices les attendaient.

Selon la gendarmerie, ces Syriens ont été interceptés sur une route secondaire menant en Libye.

Lors de leur interrogatoire, ils ont expliqué aux gendarmes que leur voyage avait été organisé par des trafiquants algériens en contact avec des miliciens libyens.

Les habitants de Debdeb expriment leur exaspération à propos de la situation très tendue en Libye et leurs craintes que ce conflit ne puisse s'étendre dans leur direction.

Comme l'explique Djemaa Belbachir, un commerçant occasionnel : "Nous somme déjà touchés, depuis la fermeture du poste frontalier."

"Ici, on vit du commerce entre les villes frontalières, mais l'arrivée massive d'immigrés de toutes les nationalités a tout faussé", se plaint-il.

"Maintenant, on suspecte tout le monde", explique-t-il à Magharebia. "On espère un rapide retour à la normale en Libye, pour qu'on puisse reprendre nos habitudes d'antan."

La bourgade est devenue un poste militaire avancé. Tous les regards sont braqués sur ce qui se passe chez le voisin de l'est de l'Algérie.

Par Nazim Fethi à Alger pour Magharebia – 12/12/2014