« Et je les ai dispersés parmi les nations, et ils ont été répandus en divers pays »  Ézéchiel 36:19
« Et l'Éternel te dispersera parmi tous les peuples, d'un bout de la terre jusqu'à l'autre bout de la terre ; et là tu serviras d'autres dieux que ni toi ni tes pères n'avez connus, le bois et la pierre. »  Deutéronome 28:64

   La reconnaissance de la judéité des Beta Israël d'Éthiopie est récente et les polémiques l'ayant entourée sont loin d'être entièrement éteintes. Ce n'est qu'en 1974 que le Grand rabbin Ashkénaze d'Israël Shlomo Goren, rejoint avec beaucoup de réticence la décision prise l'année précédente par le Grand rabbin Séfarade Ovadia Yossef.

   C'est en 1975 seulement que le Gouvernement d'Yitzhak Rabin leur accorde officiellement le droit du retour (droit qu'a tout juif d'émigrer en Israël). Les Beta Israël sont ainsi officiellement la seule communauté Juive d'ascendance non-occidentale située en Afrique Subsaharienne. Pourtant, et c'est le but de cet article, d'autres communautés ethno-religieuses existent, dispersées, dans cette partie du continent, qui gardent certaines pratiques religieuses, rituelles et sociales proches de certains courants (disparus, anciens ou minoritaires) israélites.

   Il ne s'agira pas ici de trancher le débat sur leur appartenance ou non à la diaspora israélite, mais simplement de les faire découvrir, notamment la plus emblématique et énigmatique, celle des Lemba d'Afrique Australe. L'objectif étant comme dans les précédents articles de cette série, d'insister sur l'appartenance et l'intégration de l'Afrique subsaharienne aux grands mouvements historiques, culturels et sociaux mondiaux, en allant à contre courant de l'exceptionnalisme séparatiste africain.

Les Lembas d'Afrique du Sud

   Il existe en Afrique du Sud aujourd'hui deux communautés « Israélites » : celle reconnue, officielle de Juifs prépondéramment orthodoxes et sionistes, descendants de Juifs Lituaniens, installés en Afrique du Sud par vagues successives depuis le XVIème siècle et forte d'environ 180.000 membres et les Lembas ou « Juifs de Kruger »– groupe tribal Bantou fort de quelques 80.000 membres, installés au Zimbabwe, en Namibie et majoritairement au Venda, territoire situé au Nord du Transvaal, en Afrique du sud, dont l'emblème est l'éléphant de Judée entouré d'une étoile de David, s'autoproclamant d'ascendance israélite et vénérant un Dieu unique « Mwali » .

   « Nous sommes venus de Senna, nous avons traversé Pusela et nous avons reconstruit Senna. A Senna ils moururent comme des mouches. Nous sommes venus de Hundji à Shilimani, de Shilimani à Wedza. Nos tribus partirent à Zimbabwe. (…) Nous sommes arrivés à Venda, menés par Salomon. Baramina était notre ancêtre »Ndinda – chant traditionnel lemba

   Selon leur tradition orale les Lemba auraient quitté la Judée, comme beaucoup de juifs à l'époque du roi Salomon et de la reine de Saba, il y a de 2500 ans. Ils se seraient installés à Senna (Sanāw, dans la région de l'Hadramaout- Yémen), vallée paradisiaque « irriguée et riche grâce à un barrage qui aurait cédé il y a un millier d'années, inondant le pays et obligeant ses habitants à partir. Les exilés traversèrent Wadi Al Maslah', puis s'embarquèrent au port de Sayhout, avant de débarquer sur la côte orientale africaine ». Certains partirent vers le Nord en Éthiopie (Falashas) ; d'autres vers le Sud (Lembas).

   Les Lembas observent des règles assez similaires au judaïsme : interdiction de la consommation de porc, de poisson sans écailles et autres animaux « impurs » ; les femmes doivent subir un rite de purification pendant leur période menstruelle et après l'accouchement ; ils procèdent à un abattage rituel et vident l'animal de son sang ; viande et lait ne sont pas mélangés ; leurs garçons sont circoncis le huitième jour ; Ils enterrent leurs morts allongés la tête vers le Nord ; Ils observent un repos hebdomadaire et célèbrent le premier jour de la nouvelle lune en se rasant la tête ; les mariages extra-tribaux sont extrêmement contrôlés ; une étoile de David est gravée sur leurs pierres tombales. Même les noms des différents clans ont des intonations sémitiques : Sadiki, Hasane, Hamisi, Haji, Bakeri, Sharifo, Saidi…

   Bien que se considérant eux-mêmes comme « Juifs », et ayant toujours été identifié par leurs voisins comme « différents » ou possédant des aptitudes (médicales, artistiques, artisanales) spécifiques, le statut des Lemba comme « Juifs » au sens Halachique (normes juridiques, sociales rituelles Juives) n'est pas du tout reconnu. Et un fort syncrétisme rituel a bien évidemment eu lieu au fil des siècles (excision) séparant les pratiques « religieuses » Lembas de ce qui constitue aujourd'hui le cœur du judaïsme officiel. Des tests ADN effectués au cours de la dernière décennie plaident néanmoins en faveur de l'hypothèse sémitique…

   Une étude effectuée en 1996 – et confirmée par d'autres dans les quinze années suivantes – par le Dr. Karl Skorecki, spécialiste en génétique des populations, montra qu'une mutation particulière du chromosome Y, très répandue chez les Cohen, membres du clergé hébreu (chez environ 80% des Conahim rassemblés pour la prière rituelle sur l'esplanade du Mur du Temple), descendants supposés en ligne patrilinéaire de Aaron, frère de Moïse, servant aujourd'hui comme « marqueur génétique » israélite, est présente chez les Lemba7. Ce marqueur présent chez environ 56% des Cohen Séfarades, contre 5% dans la population israélienne, se retrouve chez 9% des Lembas et 54% du clan Buba, considéré comme celui des « prêtres » de la tribu. 

   Si cela ne constitue, bien évidemment, en rien, une preuve absolue du caractère « israélite » de la Tribu Lemba, il n'en demeure pas moins, que cet écheveau d'indices place les Lembas parmi les membres putatifs des Tribus perdus d'Israël.

 Guershon Nduwa

 

La FJN a été admise au sein du CRIF

Le 14 juin 2015, la federation des juifs noirs (FJN) a été admise à l’unanimité au sein du CRIF, au cours de son Assemblée générale. A la demande de Guershon Nduwa, Président de la Fédération des Juifs Noirs de France auprès du President du CRIF Roger Cukierman, la FJN est désormais représentée au sein du CRIF.