Mahmuda and Jesmin, both 22, lost their children to Cyclone Sidr. Their bodies have never been found. More than 3,000 people were killed and millions more left homeless when the cyclone struck on 15 November 2007. More than one month after the disaster, c
David Swanson/IRIN

 Lorsque Roton Mia n’a plus réussi à joindre les deux bouts en travaillant pour deux dollars par jour, il a vendu son terrain, dans le district central de Kishoreganj, pour nourrir sa femme et leurs deux enfants. 

   N’ayant eu d’autre choix que de s’installer dans un bidonville de Dhaka, la capitale, M. Mia et sa famille font maintenant partie des millions de paysans sans terre du Bangladesh. 

   « Lorsque vous avez besoin de nourrir votre famille et que votre revenu n’est pas suffisant, vendre votre terre est la seule façon de survivre », a dit l’homme de 35 ans. « Il y a beaucoup de problèmes dans le bidonville, comme les pénuries d’eau et le manque d’espace, mais je n’ai nulle part où aller ». 

   Les familles sans terre se retrouvent souvent dans les bidonvilles de Dhaka. Les plus chanceux vivent sur des terrains ruraux appartenant à l’État. 

   Des millions de foyers bangladeshis ont perdu leur propriété à cause de la pauvreté, des catastrophes naturelles ou parce qu’ils se sont fait exproprier par des élites corrompues. 

   Selon une enquête par le Bureau des statistiques du Bangladesh, sur les plus de 160 millions d’habitants du Bangladesh, près de 4,5 millions n’ont plus du tout de terre, surtout en milieu rural. 

   « Le nombre de paysans sans terre est plus élevé que [ce qu’indiquent] les statistiques du gouvernement, et il augmente très rapidement », a dit Shamsul Huda, directeur général de l’Association for Land Reforms and Development (ALRD), une ONG qui défend les droits fonciers des personnes pauvres. 

Catastrophes naturelles 

   Selon un rapport de la chercheuse Tahera Akter publié par le groupe de réflexion Unnayan Onneshan, basé à Dhaka, chaque grande inondation déplace en moyenne 39 millions de Bangladeshis et chaque cyclone en déplace trois millions de plus. 

   « Les catastrophes liées au climat, comme les inondations périodiques, les cyclones et l’érosion des rives, contribuent à l’augmentation du nombre de paysans sans terre », a ajouté Mohammed Abdul Baten, chercheur associé auprès d’Unnayan Onneshan. 

   « À cause du changement climatique, la productivité des terres est également en baisse. Lorsque les paysans ne peuvent pas gagner leur vie en cultivant, ils vendent leur terrain ». 


   Face aux difficultés économiques, de nombreux paysans empruntent à des mohajons [usuriers], puis perdent leur terre lorsqu’ils n’arrivent pas à rembourser à temps. « Privés de terre, les paysans ont un pouvoir d’achat insuffisant pour acheter des aliments nutritifs pour leur famille », signale un rapport d’Unnayan Onneshan

Problèmes sociaux 

   Selon une étude de Habibur Rahman et Somprawin Manprasert, de l’université de Chulalongkorn, à Bangkok, la distribution des terres dans les pays en développement témoigne d’un déséquilibre social important. 

   Cette étude a révélé que « les paysages ruraux des pays en développement se caractérisent par des structures sociales très inéquitables ou ce que de nombreuses personnes appellent des “systèmes agraires bimodaux”, où des domaines commerciaux expansifs accaparent de grandes étendues de terres fertiles, tandis que de nombreux paysans cultivent de minuscules parcelles ou sont tout simplement privés de terre ». 

   La privation de terre peut attiser des problèmes sociaux, car « la pauvreté liée à la terre et les migrations vers les zones urbaines, lorsqu’elles ne s’accompagnent d’aucun développement en matière de logement et de services publics, conduisent à une expansion des bidonvilles, avec tous les problèmes sociaux que cela implique ». 

   L’augmentation du nombre de paysans sans terre est également due à l’expropriation. « En milieu rural, des personnes influentes s’approprient les terres des pauvres en confectionnant de faux documents », a ajouté M. Huda, de l’ALRD. 

   Le gouvernement cherche à limiter l’étendue des terrains que peut posséder chaque individu. Les personnes riches soudoient parfois les autorités pour s’approprier des parcelles et de faux titres de propriété sont souvent fabriqués pour pousser les familles à abandonner leur terre. 

Récupérer la terre 

   Le ministre du territoire, Rezaul Karim Hira, a dit au Parlement, le 5 février, que 1,3 million d’hectares de terres appartenant à l’État avaient été « saisies ». Le gouvernement a pris des mesures pour se réapproprier ces terres, mais aucune donnée ne permet d’établir quelle superficie a été récupérée, a-t-il ajouté. 

   Selon M. Huda, le gouvernement n’en fait pas assez pour réduire le nombre de paysans sans terre.

   « Sans réforme agraire, vous ne pouvez pas résoudre le manque de terres », a-t-il ajouté. « En fait, selon le droit foncier, les terrains cultivables qui appartiennent à l’État sont censés être distribués aux paysans sans terre. Mais la majorité de ces terrains sont encore occupés par des personnes influentes ». 

   D’après le parlementaire et président du comité foncier, AKM Mozammel Haque, le gouvernement est en train d’élaborer une politique de réforme agraire. 

   « Nous avons demandé aux autorités concernées de distribuer les terrains appartenant à l’État aux paysans sans terre », a-t-il dit. « Nous avons demandé aux autorités de préparer les documents nécessaires à une réforme agraire. Un comité a également été formé pour étudier les possibilités d’une réforme agraire ».